CRÉONS LE PARTI DU SOCIALISME DÉMOCRATIQUE

Le temps de notre désespérance politique s’achève

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ous sommes encerclés, nous sommes défaits, nous sommes vaincus. Nous étions il y a 50 ans conquérants, élaborant des stratégies de conquête du pouvoir, imaginant des lendemains auxquels nous apporterions notre sensibilité, qu’elle soit communiste, socialiste, autogestionnaire, que sais-je, nous nous pensions invincibles, portés par ce « sens de l’histoire » auquel nous croyions avec force, et guidés par cette lutte de classe en qui nous placions tous nos espoirs.

Ce sont ces convictions qui avaient donné aux résistants la force de continuer malgré la mort, malgré la torture. Ce sont elles qui avaient permis de tenir quand du front de l’Est libéré avait commencé à apparaitre l’horreur des camps et de l’extermination des juifs, des Rroms, des malades et des homosexuels. Ce sont elles qui avaient encouragé les peuples du sud à se dresser pour reprendre en main leur destinée et en finir avec le joug colonial, conduisant l’impérialisme à de cuisantes défaites de l’Indochine au Vietnam en passant par l’Algérie. Ce sont elles enfin qui donnaient au monde du travail, comme on disait encore en désignant le prolétariat, la force de tenir, de revendiquer et de gagner.

Comme elles étaient belles nos victoires, et plus belle encore cette espérance de voir un jour triompher la démocratie sociale dans une humanité libérée du joug de l’avidité, de l’exploitation de l’homme par l’homme et de ces guerres dans lesquelles nous entraînait régulièrement la bourgeoisie.

Comme il est loin, ce temps où nous nous sentions solidaires, unis par cette camaraderie et cette solidarité que nous avons vues timidement ressurgir sur les ronds points il y a trois ans aux quatre coins du pays avant qu’elles ne soit niées, écrasées, salies et tues.

Nous sommes encerclés, nous sommes défaits, nous sommes vaincus. Autant l’admettre et faire notre deuil de tout ce qui fut et regarder cette histoire pour ce qu’elle est. De l’histoire.

Notre histoire.

Et de cette histoire tirer les enseignements pour nous réinventer en commençant par nous doter des instruments de notre avenir et d’espérances nouvelles.

Si aujourd’hui les forces de la réaction sont victorieuses, elles ne le sont que par l’incapacité crasse des organisations sensées nous organiser à penser notre époque ou pire, par leur abdication.

Nos organisations sont mortes, qu’elles aient ou non participé au pouvoir jusqu’à se confondre avec le visage et la suffisance du pouvoir lui-même en se diluant dans l’idéologie bourgeoise qu’elles étaient sensées affronter.

Jusqu’aux organisations révolutionnaires, repliées sur elle-même  sans constater que de révolution, il n’y avait point, et que cette classe sensée porter la révolution se trouvait aujourd’hui tentée par des idéologies qui en seraient demain les fossoyeuses…

Nous sommes encerclés, nous sommes défaits, nous sommes vaincus.

Acceptons-le.

Partout le populisme triomphe, qu’il soit fasciste ou « centriste » voire même « de gauche ».

Il faut désormais flatter des citoyens consommateurs regardés de haut et flattés dans des discours adressés « en leur nom » par des « mouvements » veillant bien à ne pas s’appeler des partis parce que le temps de prendre parti leur semble désuet, vieux, ancien.

Et les voilà qui parlent au nom du « peuple » ou « des gens », grimant les désirs de ce « peuple », de « ces gens ». On convoque « les français » et on dit qu’on parle en leur nom en sachant ce qui est bon pour eux dans des programmes aguicheurs où on désigne ici les musulmans, et là le « 1% ».

Pire encore, la gauche aujourd’hui défaite idéologiquement, toute embourbée à dénoncer la corruption, les prébendes et les violences, alimente le moulin à désespérance que récupère ravie la conspirosphère pendant que la « prétendue gauche » toute absorbée à flatter ce qui lui reste d’électorat, surenchérit sur un « péril islamiste » et « sécuritaire », nourrissant le fascisme.

Enfin, la démocratie sondagière et médiatique a remplacé la confrontation des projets et dissout les débats qui autrefois faisaient la richesse de que l’on appelait encore la gauche.

Nous sommes encerclés, nous sommes défaits, nous sommes vaincus.

Pour combien de temps encore?

À un an de l’élection présidentielle, nous nous préparons à revivre le pathétique spectacle de la perversion ultime de nos institution, le chantage au Rassemblement National, sans être tout à fait sûrs que ce dernier ne finira pas par l’emporter tant la colère contenue est immense.

Toutes, absolument toutes les stratégies à gauche sont vouées à l’échec car elles ne prennent pas en compte la réalité du moment dans lequel nous sommes. Ce moment charnière et tragique où nous sommes encerclés, où nous sommes défaits et où nous sommes vaincus idéologiquement.

Reste la France Insoumise, sa constance à combattre et sa capacité même imparfaite à écouter la société malgré la dévastation de l’espace politique de notre époque, sans qu’il n’y ait motif de se réjouir, tant elle a été minutieusement isolée politiquement face à la stratégie élyséenne de droitisation extrême et totalitaire.

Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour savoir que « la gauche » ne votera plus pour Emmanuel Macron et qu’il lui faudra siphonner la droite afin de dominer le premier tour et bénéficier du ralliement de la « prétendue gauche » face à Marine Le Pen, à moins qu’il ne rassemble un « arc républicain » allant de l’extrême-droite à la « prétendue gauche » en cas de duel face à Jean Luc Mélenchon, nous en avons entraperçu les contours lors de la manifestation des policiers.

C’est là que réside toute l’impasse de la stratégie populiste de la France Insoumise qui propose pour 2022 la même chose qu’en 2017 alors que nous sommes dans un contexte radicalement différent.

Alors, que faire?

Alors il faut admettre que nous avons perdu, que les gesticulations sur la popularité de telle ou telle mesure dans l’opinion s’avère inopérante et qu’ainsi la stratégie populiste à gauche se heurte à la nature même du populisme.

Le peuple, quel peuple, et quelle idéologie dans ce peuple.

Quand l’idéologie de la réaction domine, alors forcément cette abstraction étrange appelée « peuple » ne peut penser autrement que comme on pense en son temps.

Il nous faut avoir le courage de regarder toute l’étendue du travail qui nous attend afin de rebâtir un front politique enraciné dans des solidarités de condition, – condition de prolétaire, condition d’indigène, la condition de femme, condition de rural, condition de chômeur…-, et que les solidarités qui naissent au sein de ces conditions et dans les relations qu’elles établissent entre elles sont bien supérieures à cette solidarité bâtarde de la nation sensée unir le propriétaire et le prolétaire, quand en réalité le premier se nourrit de l’exploitation du second tout en lui distribuant quelques miettes pour mieux encore exploiter celui qui n’est pas de ladite nation, l’étranger, l’indigène, pour le déshonneur du prolétaire qui trouve alors quelque satisfaction dans ce qui n’est finalement que sa propre dégradation morale.

Il faut le respecter, le prolétaire, pour lui tenir tête et lui dire, lui répéter inlassablement que l’immigré et le réfugié sont ses égaux, tant en humanité qu’en condition.

Elle est là, la distinction profonde entre socialisme et populisme. Dans le courage de dire à ce « peuple » assaisonné à toutes les sauces, qu’il se trompe et qu’il agit contre lui-même.

L’ambition d’elle-même, pour une classe, c’est comprendre au cœur d’une égalité de condition la profonde égalité de situation et faire l’expérience même de la démocratie en exerçant son propre pouvoir. C’est comprendre ce qui l’oppose à une autre classe, celle qui lui livre cette guerre non-dite et  violente faite de licenciements boursiers et de corruption des politiques. C’est comprendre que de cette conscience peuvent naître les outils de lutte et de solidarité.

Car le pouvoir se prend, il s’exerce et ne se donne pas, pas plus que la liberté. Le pouvoir, la liberté, sont des expérience vivantes qui s’exercent et se vivent, elles sont une ambition collective enracinée dans l’expérience individuelle de chacun, de chacune. Elles nécessitent un discours clair, franc, tranchant et irrévocable.

Depuis son origine, le socialisme a avant tout été le mouvement de l’appropriation du pouvoir, il a été le mouvement de la démocratie très tôt convaincu qu’il ne pouvait y avoir de démocratie dans un régime concentrant la richesse et le pouvoir qui l’accompagne entre les mains de quelque uns tout juste bons à empocher les dividendes qu’ils arrachent à la masse de celles et ceux qui travaillent pour eux.

Réduit au fil du temps par ses représentants patentés à un discours sur « les injustices », cette tarte à la crème de la « prétendue gauche », le socialisme était à son origine la quête du pouvoir par et pour les travailleurs, la nécessaire transposition dans l’économie de la démocratie dans la cité, et cela, quelque fut le nom qu’il se donnait, – Démocratie Sociale, Socialisme, Communisme ou Anarchisme -, branches séparés par l’histoire, l’expérience historique, des débats théoriques, des victoires et des défaites, des reniements, des trahisons et des déchirements aussi.

Mais toujours à la racine, ce qui anima les hommes et les femmes qui donnèrent leur temps et bien souvent leur vie, c’était cet espoir en une humanité délivrée de la domination d’une caste parasite s’appropriant le produit du travail de la société, en une démocratie réalisée.

Idéal de producteurs associés, de coopératives, d’artisans, rêve communaliste, fédéraliste, ces femmes et ces hommes nourrissaient toutes et tous l’espoir à un retour du temps maitrisé, du savoir faire, du local et de la convivialité face au rouleau compresseur d’un capitalisme les privant de la maîtrise de leur destin, rendant leur vie toujours plus précaire, généralisant toujours plus le rapport marchant et la destruction des solidarités. Un rêve que certains rond-points sont timidement parvenus à faire revivre.

Il nous faut retourner à la source de cette histoire pour la reprendre, la reformuler et la réinventer. Il est nécessaire de l’enrichir de tout ce que cette histoire nous a enseigné, il nous faut nous réapproprier la pratique.

Car s’il est vrai que nous sommes vaincus et encerclés par la réaction dans cette époque où triomphent les différentes variantes de l’idéologie bourgeoise, qu’elles soient fascistes ou libérales, nous ne partons pas les mains vides dans cette aventure nouvelle. Bien au contraire. Jamais peut-être dans l’histoire du socialisme démocratique il n’y avait eu autant de courants de pensée ni de combats, certes éparpillés, mais tous prêts à écrire une nouvelle étape dans le long chemin de l’émancipation.

Le socialisme démocratique porte en lui, depuis son origine et plus encore dans notre époque où les périls écologiques, totalitaires et fascistes se font chaque jour plus criants, l’obligation historique de dialoguer avec ces nouveaux courants de penser, qu’ils soient entre autres ceux de l’anti-racisme politique et décolonial, de l’écologie politique, des mouvements coopératifs et municipalistes, car c’est là que se trouve aux côtés d’un retour à ses fondamentaux, son ressourcement et sa réinvention en de nouvelles synthèses et de nouvelles pratiques enracinées dans le vécu pour un militantisme actif et vivant.

Non pas une convergence des luttes mais des aspirations convergentes respectant l’autonomie de chacun et donnant corps au processus démocratique d’un socialisme défini avant tout comme une pratique et un exercice du pouvoir par les concerné.e.s, seul à même de répondre aux défis de notre temps, démocratique, écologique, économique, et démographique.

Un défi dont l’alternative, plus que jamais, se situe entre, « le socialisme ou la barbarie ».

Alors, quels sont les tâches immédiates, les moyens et les outils, mais aussi quelles sont les priorités politiques pour un socialisme démocratique de notre temps? C’est avec de premières réponses à ces questions que je vous invite aujourd’hui. En commençant de façon modeste, là où nous sommes.

De zéro.

Je vous propose de bâtir ensemble à partir d’aujourd’hui une communauté politique qui fournira les bases du Parti du Socialisme Démocratique.

Je vous fournirai dans les jours et les semaines qui viennent à travers des vidéos et des textes les éléments constitutifs à partir desquels vous serez à même de vous prononcer et d’amorcer la conversation.

J’esquisserai au fil de nos rendez-vous les contours d’un Socialisme Démocratique du quotidien, du local, de l’entreprise, du quartier, du pays et de la région, un socialisme du rond-point, de l’expertise de chacun et de l’expérience pratique du pouvoir là où on est, coordonné et doté de véritables objectifs politiques fédératifs, rompant avec la critique stérile et déprimante dans lequel nous sommes piégés et qui fait le quotidien de notre présent.

Alors, au fil du temps, vous serez à même de vous déterminer et de décider de rejoindre cette aventure et d’y contribuer. Si vous répondez présent, vous aussi pourrez faire vivre cette communauté et y travailler, délivrés des querelles idéologiques car nous nous serons unis sur quelques objectifs clairs.

Alors, et si vous répondez présents, et si nous parvenons à faire vivre cette communauté, nous pourrons officiellement déclarer que nous formons un parti, nous discuterons un règlement intérieur et alors le Parti du Socialisme Démocratique sera bel et bien une organisation politique et militante qui aura toute sa place en 2022 et plus encore au delà.

Ceci n’est qu’une proposition dont les contours s’affineront au fil des jours et des semaines qui viennent, mais comme toute proposition, elle attend que vous vous en saisissiez. Abonnez-vous à cette chaîne, likez cette vidéo, visitez le site.

Il ne dépend que de nous pour que le temps de la désespérance politique s’achève.

L’avenir est au Socialisme.

Je vous propose de créer ensemble le Parti du Socialisme Démocratique.